28 avril 2006

Le même nez

Nuages gris, temps humide, petit crachin et vent matinal dans les cheveux encore mouillés de la douche prise quelques minutes plus tôt pour tenter de se réveiller. Pain au chocolat aux amandes, thé caramel-pomme, Les chiennes savantes et Stephan Eicher Louanges. Odeur de peinture fraîche qui monte aux narines, froid au milieu des bouquins qui sont toutes des putes sur leurs rayons, en attente qu'on les emprunte et qu'on les rende en plus ou moins bon état. Etalage de mots. Les putes m'inspirent ces temps-ci, ça me fascine. Et puis tout cet univers qui m'entoure ce matin, ça me rend nostalgique, passive. J'ai plus envie de me cracher à la gueule, de m'arracher les paupières et les ongles, de me tailler ailleurs une jupe de courtoisie élimée à la contamination et au pardon. Maintenant j'ai l'oeil vitreux et je regarde en arrière. Evidemment je me prends des baffes dans la tronche, les gens n'aiment pas qu'on coupe leur chemin en s'arrêtant brutalement et se retournant, les regardant bien profond dans leurs yeux. Mais y'a rien, juste quelques souvenirs qui remontent par vague.

Comme cet album d'Eicher. Me souviens de ces voyages dans le berlingo bleu de Vienne-en-Val à La Source, en passant par Saint-Cyr. Prendre Alexandre le matin qui arrive en courant dans la rue des Mosais, fermer le portail bleu, déposer le frangin à l'arrêt du bus. Puis la cambrousse. Un temps comme ce matin, brumeux sur les étendues des champs, verdure blanchâtre et lapins et cerfs et chevaux au lac de Sandillon, les virages dangereux où régulièrement des accidents teintent les lignes blanches de traces de pneus et d'un peu de sang sec. Les ronds-points qui foutent la gerbe, Guy Carlier dans le poste de radio sur Inter, puis M'man tu peux mettre de la musique ? et là je colle le nez à la vitre et le père accèlère et je souris béatement, Alex finit sa nuit, ma mère se maquille, elle distribue des bonbons à la menthe, on passe devant la fabrique de bouteille d'eau, puis l'allée des sapins, les feux rouges et les publicités sur panneaux géants. Coup de coude à Alex pour le sortir de sa somnolence quand on arrive sur le parvis du Lycée Voltaire, les grilles blanches, la cour pavée, les bises, et faire la gueule en cours en attendant l'heure de perm où je pourrais réécouter de la musique. Marie-Eve oh putain elle a le même accent que lui quand elle chante moi je me la pète bien sûr j'ai toujours aimé adopter la voix des chanteurs, celle d'Eicher, un peu rocailleuse, un peu comme s'il avalait la fin des mots, cet accent mi-anglais, mi-allemand, et moi qui n'écoute rien de la discussion. Jessica, Leslie, Aurélie, Sarah, Lucie, Solène. Les timides et les pouffs, moi la tête dans mes oreilles. Puis filer en salle de cours encore, puis aller bouffer le midi aux Chèques Postaux. Traverser la place du marché, serrer le bras de Jessica qui a peur que quelque chose lui arrive sur cette place Ouais mais tu te rends pas compte, combien de nana ce sont fait violer ici ?, couper par la piscine et le parking, retrouver Sébastien Quand même Jess c'est le plus beau petit cul de Voltaire mais c'est à moi qu'il fera des cadeaux et le premier qui devinera quelque chose Tu ferais quoi si Jessica te demande de prendre une douche avec toi ? Comme si on l'avait pas déjà fait, et bien plus jeune homme si tu savais... Puis les cours de théâtre sous le CDI, les lourds rideaux noirs, les éclairages qui nous donnent chaud, des auteurs qu'on ne connait pas mais qu'on s'évertue à apprendre chacun des mots, la traduction de 4h48 Psychosis. Julie, Simon, Jella, Amanda, Pauline... Et le retour le soir, refaire le trajet à l'envers, mon père qui gueule sur Le même nez faisant rougir mère et fille. Les habitudes. La prochaine fois ça sera le collège, puis la primaire, et la maternelle.

Autre souvenir du Lycée, période théâtre. Couverture du Télérama avec Olivier Py. Le bel Olivier qui fait pâmer le coeur des filles alors qu'il aime les garçons...

olivier_20py_ballades

~ Oreille ~ Sans vouloir te commander ~ Stephan Eicher

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